La plupart des limites techniques de la RFID sont en voie d’être levées. Les pilotes en ont confirmé la rentabilité. La normalisation avance. Les Etats en font une priorité. Il ne reste plus qu’à imaginer quel avantage concurrentiel décisif on peut mettre en œuvre avec ces technologies.
UN BREF RAPPEL.
La RFID (Radio Frequency Identification) date de 1948 avec des transpondeurs pour identifier des avions. En 1969, les premiers brevets de Tag RFID sont déposés, ils servent à identifier des locomotives. En 1990, l’ISO commence son travail de normalisation. En 2007, le marché explose et les applications se généralisent.
Une étiquette RFID comprend une puce électronique à mémoire ou processeur, une antenne, une pile si elle est « active » et différents capteurs selon les applications. La RFID passive identifie des objets sans avoir besoin de contact, en passant de 1 cm à 1 mètre d’une borne. La RFID active mémorise en plus des informations et sur des distances de plusieurs centaines de mètres. Plus la RFID est performante, plus l’investissement est élevé, mais ses capacités de réemploi sont plus grandes, ce qui réduit le coût d’usage. Le prix d’une étiquette est passé de 0,4 à 0,1 centimes d’€ en 5 ans
Code à barre et RFID passive se partagent l’identification et la traçabilité des objets. Couplée à des capteurs, la RFID active ajoute la traçabilité d’événements. Les applications se diversifient rapidement au-delà du remplacement du code à barres car la RFID fonctionne sans contact, dans l’obscurité, à distance et sans intervention humaine.
Le schéma ci-dessous positionne les 3 technologies, qui sont plus complémentaires que concurrentes.
QUEL AVENIR POUR LA RFID ?
La RFID est en phase une de sa courbe de vie. C'est-à-dire que les pronostics prévoient un marché mondial de 7 milliards d’€ l’année prochaine et de l’ordre de 30 milliards d’€ vers 2015. Par exemple, l’industrie chinoise de la RFID a progressée de 80% en 5 ans et devient une priorité du 12° plan quinquennal, justifiée par les réductions de coûts qu’elle permet.
Des milliers de projets pilotes mettent en œuvre la RFID, dans des domaines de plus en plus vastes. Les technologies évoluent, progressent et se combinent, par exemple avec des puces RFID tissées dans le textile, l’impression d’antennes avec une encre métallique, des puces RFID lisibles dans un environnement métallique, ou encore les étiquettes qui résistent aux hautes pressions et températures dans des puits de forage, le tout de plus en plus miniaturisé.
L’Internet des objets :
Le code d’identification d’un objet est durable, c’est sa représentation qui évolue (le code du code à barre et de l’étiquette RFID est le même). Les informations produites sont ensuite transmises par un message électronique, en général par le réseau Internet qui transporte alors des « objets » à l’aide d’un identifiant, d’un langage. Une normalisation, telle qu’EPC, permet le partage de ces informations.
LA TAXINOMIE DES APPLICATIONS RFID.
Les applications se multiplient au fur et à mesure de l’évolution des technologies et de la baisse des coûts. De plus en plus, ce sont des évolutions « de niches » qui se font jour.
On peut, dans l’état actuel des technologies, classer les applications en grandes catégories.
A)-LA TRAÇABILITE ET LA GESTION DES FLUX.
La traçabilité des objets est naturellement la première application. En logistique, la gestion des flux de marchandises, des commandes, des inventaires et la traçabilité des produits se développent rapidement.
De nombreuses applications particulières font l’objet de pilotes ou sont mises en œuvre : traçabilité du nettoyage des appuis-tête dans les avions, traçabilité des déchets dans une chaine de retraitement, enregistrement et suivi des bagages, suivi des uniformes dans les blanchisseries, etc.
Le suivi s’applique largement : géo localisation et suivi des véhicules, suivi des livres dans les bibliothèques, suivi des fabrications dans l’automobile, suivi personnalisé des armements dans la police, le suivi des déchets, etc. Ces applications concernent également les personnes, comme le suivi des patients à l’hôpital et même le suivi du sommeil !
B)-L’IDENTIFICATION.
L’identification est la deuxième catégorie d’applications : par exemple, des réalisations concernent l’identification des animaux, l’identification et le suivi de bouteilles de gaz, les médicaments (les USA imposent la RFID à l’industrie pharmaceutique), l’identification des participants à un congrès et de ceux qui montent dans l’autocar…
C)-LA MEMORISATION D’EVENEMENTS
La RFID peut stocker des informations qui peuvent s’enrichir à chaque événement. Parmi les pilotes en cours, citons le suivi des arbres de la ville de Paris, l’historique de l’usage (et de la désinfection) des instruments médicaux, la mémorisation de données pour la maintenance d’automobiles, etc.
D)-L’AUTHENTIFICATION.
Beaucoup d’emplois de la RFID concernent l’authentification, par exemple la voiture qui authentifie la clé utilisés, la billetterie comme les billets d’une manifestation sportive (des expérimentations concernent les billets de banque), les cartes de transports publics par exemple Navigo, les applications de péage d’autoroute ou de passe ski sont bien connues. Depuis juillet, les Vélib à Paris constituent une nouvelle application de la RFID. L’authentification se développe également dans la lutte contre la contrefaçon.
E)-LA SECURITE
En prolongement de l’authentification, la sécurisation est un débouché significatif : les systèmes antivol des magasins, les E passeports ou encore la domotique qui reconnait les résidents d’un logement.
F)-LE MARKETING PERSONNALISE.
Le marketing de masse personnalisé est une piste économiquement prometteuse : le magasin qui vous propose l’après shampoing dés que vous avez acquis un shampoing, la cabine d’essayage qui conseille les clients par projecteur interposé, les panneaux publicitaires interactifs qui personnalisent leur message, la récupération des informations d’une balise, par exemple les commentaires dans un musée lorsque vous êtes devant une œuvre. Le guidage des personnes atteintes de la maladie l’Alzheimer est moins commercial mais peut être bien utile !
EN CONCLUSION.

En combinant les technologies et les services, la liste des applications s’allonge chaque jour, ce qui entraîne d’énormes changements dans l’organisation industrielle et logistique, naturellement en améliorant la productivité et l’efficacité. Les systèmes d’informations sont remis en cause, la technologie RFID est « bavarde », face à l’excès d’informations, le SI se décentralise et trie localement les informations à remonter dans le réseau, intègre la notion d’Internet des objets.
De nouvelles problématiques se font jour, par exemple : la protection de la vie privée, les aspects de gouvernance, la sécurité des informations (des virus peuvent atteindre des étiquettes RFID) et des questions relatives au recyclage des étiquettes se posent.
En 2007, la question n’est plus de croire ou non à l’intérêt de la RFID ou d’attendre la maturité technologique, mais bien plus de comment faire pour ne pas se laisser dépasser par son usage.
Yves Lafargue