Savoir dépenser pour mieux gagner.
La phase amont à la mise en place d’automatismes détermine l’avenir et la vie de la nouvelle installation. Quelle est la bonne combinaison pour ne pas trébucher ? Juin 2007 sera le mois des Trophées des meilleures plateformes logistiques européennes organisés par Le Journal de la logistique et Logistique.com.
Cette année, l’automatisation et la mécanisation seront mis à l’honneur au travers de trois catégories :
- performance dans la conduite du projet,
- management des ressources humaines,
- pérennité et évolutions des choix.
Pour débuter cette trilogie, plusieurs acteurs du secteur nous ont livré leurs secrets ou leurs bonnes pratiques pour réussir cette délicate étape de la gestion de projet. Ingénierie, consultant, équipementier, SSII, industriel ou logisticien... tous s’accordent sur le même postulat : constituer une équipe projet est bien la clef de départ de toute démarche. « Que ce soit pour la création d’un système ou pour la modification d’un existant, il faut impérativement impacter tous les services sans exception » assure Michel Tatin, expert indépendant. Tout le monde doit comprendre ce qu’il va se passer et intervenir sur l’orientation du projet ». Un consensus pourtant rapidement perturbé par la nécessité ou pas d’intégrer au sein de ce groupe dédié, « un œil extérieur ».
Pour Thierry Allemand, gérant de Logistique.com, si la taille du projet peut donner un début de piste, bénéficier d’un expert extérieur à l’entreprise permet d’acquérir le recul nécessaire « face aux énormes bouleversements engendrés par ces questions d’automatisation. »
PLUS VOUS AVEZ D’INTERVENANTS PLUS LES RESPONSABILITÉS S EMPILENT Consultant ou ingénierie ?
Si chacun prêche pour sa paroisse, les arguments sont recevables de part et d’autre.
Fort de son expertise et de son passé professionnel, François Mondou, président de Keylog, Ingénierie et Systèmes, regrette que l’ingénierie « voie neutre » soit très développée dans certains pays comme l’Allemagne et reste encore confidentielle dans l’Hexagone. « En France, on fait plutôt dans l’intuitif, dans le bon sens, mais au final on peut vite arriver à de l’immobilisme. Quand on a des craintes, il faut appeler un expert, sans hésiter. »
Michel Tatin rejoint cette analyse, mais préconise plus volontiers la présence... d’un consultant « capable de prendre du recul » sans tomber dans les « quelques travers de l’ingénierie où le client peut être parfois dépossédé de son projet, en perdre un peu la maîtrise. » Thierry Allemand reconnaît sans détour avoir été obligé de jouer les deux rôles dans certaines petites structures et admet l’ambiguïté de cette situation. « Ce n’est pas une bonne chose car on se fait facilement bouffer des deux côtés. » Si entre les deux spécialités, le cœur de chaque entreprise peut balan- cer en fonction de sa culture ou de son métier, le recours direct à un équipementier est fermement rejeté par Michel Tatin. « Le construc- teur va orienter le client directement et seulement vers ses solutions, c’est à bannir ».
Consultant ou ingénierie ?
En bout de projet, l’offre doit être engageante et réalisable.

Un argument réfuté par Jean-Denis Labesse, secrétaire général secteur manutention & pôle technique au Cisma. « Suite à des discussions sur le sujet, nous avons défendu la position de nos membres. Le constructeur impliqué dans un projet apporte de la valeur ajoutée mais prend égalementla responsabilité de l’ensemble. Plus vous avez d’intervenants et plus les responsabilités s’empilent et sont difficiles à déterminer en cas de besoin. »
Pour affirmer son expertise et son savoir-faire chaque constructeur n’hésite pas à faire valoir... son équipe projet et son ingénierie. Retour à l’envoyeur ! comme le précise Jean-Paul Rival, président de Dematic qui revendique haut et fort une méthodologie en 10 points - de la détection de projet à la réalisation - issue de Siemens.
Chaque étape est analysée, réfléchie, notamment en terme d’apport de ressources. L’ensemble des personnes concernées par le projet sont consultées (montage, maintenance, automaticiens, informaticiens...).
En bout de projet, l’offre doit être engageante et réalisable. Une phase avant-vente fondamentale insiste le dirigeant de Dematic. « Si vous avez compris le concept et si vous anticipez les points difficiles, ce qui suit est un boulevard ! Par conséquent, nous vendons bien de la valeur ajoutée de simplification ou de gestion de flux complexes.» « ON PEUT MANQUER D’ESPACE » Alors pas question de se laisser impressionner par ceux qui les cantonnent à de simples assembleurs de ferraille. « Le plus important, ce n’est pas la connaissance mécanique mais notre expérience du fonctionnement logistique d’un laboratoire pharmaceutique, d’un centre de pièces détachées... » Une expertise, assure-t-il, parfois mise à mal par des appels d’offres « très normés » issus de cabinets extérieurs.
Chez Alstef cette impression « de manquer d’espace » peut également être ressentie comme le souligne Guylain Sergent, responsable commercial du groupe. « La majorité des demandes nous arrive en direct car nous avons une démarche études et une véritable réflexion logistique. Aujourd’hui, nous automatisons en comprenant le métier de nos clients, ce qui n’était pas toujours le cas avant. » Jean-Michel Garneri, Pdg de Savoye, suit le mouvement en vantant son ingénierie maison, « capable de sécuriser toute la partie étude et indispensable à la maîtrise de l’ensemble de l’offre d’automatisation », même si il assure « travailler main dans la main avec le client et son cabinet de conseil ».

Au final, si chacun vante ses mérites, un bon partenariat au sein d’une équipe projet compétente et évolutive est sans doute capable de faire face aux changements majeurs imposés par cette démarche et de vaincre les réticences de chacun. « L’ingénierie indépendant a le même langage que nous, au final nous gagnons beaucoup de temps » reconnaît le Pdg de Savoye. Mais qu’en pensent les principaux intéressés ?
Plusieurs « utilisateurs » d’automatismes nous ont expliqué comment ils ont mené cette phase de conduite de projets en solo ou pas.
N° 42 - Février 2007 LE JOURNAL DE LA LOGISTIQUE