Hollywood imagine un entrepôt désincarné
La vision de Minority report et I, Robot
Les films futuristes renvoient une vision exacerbée des peurs de nos contemporains sur l'avenir. En arrière-plan des principaux opus resurgit fréquemment la vision d'un monde industriel dominé par la robotique. L'appréhension des cataclysmes nucléaires ou écologiques des dernières décennies du 20è siècle exprimait les craintes d'une société plongeant dans un triste millénaire.
En 1982, Ridley Scott dépeignait une Planète bleue noire de pollution. Les manutentionnaires y sont remplacés par des opérateurs « Canada dry », des androïdes : la fonction d'un ouvrier, les gestes d'un ouvrier, mais ce n'est pas un ouvrier. Depuis l'an 2000, les productions américaines se font l'écho d'un changement des préoccupations. Moins pollué, moins sombre, le futur est dépeint dans des teintes claires et un décor aseptisé. La photo est plus lumineuse, claire, dominée par des tons délavées. L'écosystème est préservé des grands pollueurs, l'humanité s'ébroue dans un monde plus sain.
Dans Minority report*, de Steven Spielberg, si la matière première reste la même que celle de Blade Runner (l'adaptation d'une nouvelle de l'auteur américain Philip K. Dick), la transposition à l'écran change. Aidé par des « futuristes », ces cabinets spécialisés dans la projection dans l'avenir, Steven Spielberg imagine une société consumériste dopée par l'avènement de la RFID combinée à une biométrie performante. Dans la zone de l'entrepôt, l'humain a disparu des écrans de contrôle. Une scène d'affrontement se déroule à l'intérieur d'une usine d'assemblage automobile. L'acteur Tom Cruise y combat Colin Farrell entre des machines que l'on retrouve déjà sur les lignes de productions actuelles, (robots soudeurs, ferreurs, peintres).
Rien de très novateur pour tous ceux qui sont déjà entrés chez un constructeur. Ce qui change, c'est l'absence totale de personnel tout au long des étapes d'assemblage. Nous assistons à un « juste à temps » tellement tiré que la voiture à peine assemblée et fraîchement peinte roule toute seule vers son futur propriétaire. Steven Spielberg réalise un fantasme de logisticien : le zéro stock.
Dans I, Robot*, du réalisateur Alex Proyas et tiré d'une nouvelle d'Isaac Asimov (père de la science-fiction et scientifique de renom), l'intrigue place l'Homme en proie à la domination des robots. La peur du chômage affleure tout au long du film. Une scène se déroule à l'intérieur de la zone de stockage d'une usine de fabrication des robots NS-5. L'acteur Will Smith a cette réflexion : « Des robots qui fabriquent d'autres robots ». Le remplacement des métiers d'opérateur est une thématique prégnante chez nos visionnaires. D'autres œuvres évoquent la thématique d'un monde sans travail pour ses ouailles. Cela n'empêche pas Alex Proyas de disposer en plein commissariat des policiersopérateurs chargés de réceptionner les appels en vocal. À défaut de préserver nos emplois, les films hollywoodiens ont le mérite de sauvegarder notre écosystème.
*Minority report de Steven Spielberg, disponible en DVD. Production :
Fox * I, Robot de Alex Proyas, disponible en DVD Production : Fox
LE JOURNAL DE LA LOGISTIQUE