Sécurité des entrepôts
Le vol de camions, le larcin en entrepôt, l’effraction à coup de camion béliers. Face à ce genre de désagréments coûteusement fâcheux, les prestataires logistiques et industriels ressemblent de plus en plus à Fort Knox. Il sera bientôt plus facile d'entrer dans une banque que dans un entrepôt.
Ou d'en sortir. Alors, quid en 2020 ?
Yves Monneret dirige Sorhea, une société spécialisée dans la protection immatérielle électronique. Il compte notamment parmi ses clients des centrales nucléaires, l'administration pénitentiaire ou l'armée. Des groupes comme Geodis Calberson ou Norbert Dentressangle font confiance à son matériel.
La logistique est selon ses dires, un marché porteur. « Il existe deux types de protection pour les entrepôts et plates-formes. Vous avez les systèmes qui contrôlent les points d'accès et les éléments anti-intrusifs qui enclosent les zones.»
Concernant le filtrage du personnel, les futurs entrepôts auront cédé aux sirènes du contrôle biométrique. On peut imaginer une identification digitale. Pour entrer dans une zone spécifique, l'opérateur, le conducteur de camion ou le personnel administratif va apposer la pulpe de ses doigts sur un lecteur ad hoc. De même, l'identification de l'iris constitue une piste sérieuse de développement. À moins de préalablement prélever l'organe chez un « donneur » récalcitrant, ces documents restent infalsifiables à ce jour. Combinées à une généralisation de la RFID, ces mesures donneront à l'entrepôt l'accessibilité d'un sas de banque.
La protection du périmètre extérieur va aussi évoluer.
Les voleurs ne s'y sont pas trompés. Les aires de stationnement sont de plus en plus ciblées. Plus vulnérables, les semiremorques recèlent un gisement de richesse. Pour Yves Monneret, « l'entrepôt doit devenir un rideau imperméable. Et la solution la plus pertinente reste le doublement des systèmes. » Les clôtures extérieures garderont peu ou prou les mêmes caractéristiques, sauf élaboration d'un matériau révolutionnaire. Seul un plus grand soin apporté à l’apparence va permettre de mieux les intégrer dans le paysage. Pour le directeur de Sorhea, la barrière immatérielle a de beaux jours devant elle. « Le marché principal, c'est la barrière infrarouge. Et dans quinze ans elles représenteront toujours un moyen efficace. » Déjà, la société propose un détecteur à double technologie de type volumétrique.
En 2020, un autre savoir-faire aura pris ses aises, celle de l'hyperfréquence. Ce sont des câbles enterrés qui créent un halo de détection. Invisibles, fiables, ils constituent une alternative aux systèmes optiques. « Mais on aura toujours besoin d'une levée de doutes, poursuit Yves Monneret. Il est impératif que le système soit complété par un réseau de télésurveillance afin que l'homme vérifie l'information.» Ce qui va aussi changer, c'est la communication entre les systèmes. Le câble ou la barrière infrarouge communiqueront avec une caméra vidéo qui se déclenchera au moindre mouvement suspect. Le système transmettra l'information au PC sécurité, largement externalisé chez des prestataires de services. L'image pourra être lue sur PDA ou tout autre terminal assurant la mobilité. Un bel avantage pour le cerbère chargé d'aller inspecter les lieux.
Une deuxième hypothèse est envisageable : que le monde de la logistique succombe au videosensor, une technologie qui tâtonne depuis une quinzaine d'années . Un logiciel superviseur déclenche automatiquement les alertes en fonction de ce que les caméras décèlent. « Mais le système n'est pas au point, et il sera difficile de le paramétrer pour différencier tous les mouvements possibles », confie Yves Monneret. Les amateurs du livre « 1984 » (George Orwell) risquent d'être déçus. Les caméras ont de beaux jours devant elles. Et l'homme derrière les écrans de contrôle aussi.
entrepot et rfid
Le constructeur de chariots Still propose ce qu'on appelle en anglais un breakthrough, une découverte. Plutôt que tracer la palette, pourquoi ne pas mailler l'entrepôt à l'aide de la RFID.
Parfois, de grandes inventions naissent de petites idées. Chez Still, l'étincelle est venue de l'application de la RFID, l'identification par radio fréquence. Si le principe d'une étiquette intelligente est acquis pour la logistique, son industrialisation suscite encore des réticences, notamment pour des problèmes de coûts. Pour Alfred Gobin du département marketing produit chez le constructeur, il fallait prendre le problème à l'envers. « Au lieu de placer l'étiquette sur la palette, on l'insère dans le sol. »
L'objectif consiste à mailler l'entrepôt, l'usine ou la plate-forme au moyen de transpondeurs.
« Le transpondeur, pour transmetteur et répondeur, est une petite diode de forme allongée comprenant une puce et une antenne. Elle présente de multiples avantages ». Disposées suivant un maillage serré d'environ un mètre carré, elles forment un système qui quadrille la zone. Ces étiquettes sont passives, c'est-à-dire qu'elles répondent de façon prédéfinie à un signal. Chaque tag étant unique, le système permet de cartographier les lieux suivant un numéro, des abscisses et des ordonnées. Reste à placer sur le chariot un lecteur RFID en liaison avec le superviseur, WMS ou autre. Les architectures électroniques comme le CAN-Bus autorisent cette interaction. Voilà l'intérêt du système : ce n'est plus la palette qui est tracée, mais le chariot. « À partir du moment où la palette arrive sur les fourches, on va suivre le mouvement du cariste. » Le logisticien peut déterminer la position, la direction de déplacement et la trajectoire en temps réel de chaque palette. Mieux.
Pour Alfred Gobin, « la troisième dimension est aussi mesurable, avec la conversion du capteur de présence placé sur le mât ». Avec ce projet, c'en est fini des scans à chaque étape, la traçabilité devient optimale et sans erreur. Le transpondeur améliore également sa durée de vie.
Les puces RFID sont réputées sensibles à l'eau ; plantées dans le sol, elles se retrouvent à l'abri des intempéries. Surtout, le projet RFID de Still ouvre sur de nouveaux champs, comme celui de la sécurité. «Imaginez, poursuit Alfred Gobin. Maintenant vous pouvez connaître la trajectoire et créer une règle, comme une interdiction de rouler à 4 km/h L'interface va donner des ordres aux chariots. Par exemple, gerber à mi-hauteur, laisser la priorité à un autre cariste.
Aujourd'hui, le détecteur de choc intervient trop tard, après la collision. Avec la RFID, vous entrez dans la prévention.»
Alors le projet est-il pour demain ?
Des sites pilotes en Allemagne (dans la grande distribution, ndlr) expérimentent le projet. Mais l'application se heurte à une première barrière, le prix. A 2 euros le transpondeur, c'est encore trop cher. Mais une industrialisation doit certainement faire baisser les prix à un niveau raisonnable. Il faut aussi que les acteurs s'accordent sur une norme de fréquences unifiée. À l'instar du monde de la distribution qui dispose de l'EAN, celui de la RFID attend le sien.
En attendant, Still envisage de le commercialiser dès 2007.
Et c'est déjà demain. * : référence à « Break on through to the over side, chanson des Doors »
LE JOURNAL DE LA LOGISTIQUE
Enquete de Xavier MESME