Spécialiste des produits laitiers ultra-frais, Senoble a investi dans une véritable cathédrale du frais pour stocker sa production. La plateforme de Villeroy devient le centre logistique unique des activités logistiques de l’industriel.
Une “tour” de vingt-sept mètres de haut au milieu de la campagne bourguignonne. Le nouvel entrepôt de l’industriel Senoble ne risque pas de passer inaperçu, sauf quand le brouillard recouvre la région. En effet, le site se trouve à Villeroy, près d’une sortie de l’autoroute A19, à quelques encablures de la ville de Sens.

Le « contractant général », Elcimaï Réalisations, a remis l’entrepôt clé en main à son client le 3 août dernier, soit douze mois après le début des travaux. Mais il devient réellement opérationnel avec la fin de la montée en charge durant ce mois de janvier. Il est cédé avec un bail de douze ans sans engagement immobilier au bilan de la société Senoble par Yonne Equipement, société d’économie mixte mise en place par le conseil général, qui en est le principal actionnaire. Cette SEM assure le financement pour faciliter l’implantation d’entreprises dans une zone bien située. Gilles Groneau, directeur d’Yonne Développement, agence départementale de développement, parle d’une « localisation favorable avec la proximité des autoroutes A6, A5, A19 et A10 et des aéroports d’Orly (1 heure) et de Roissy (2 heures) ».
Cet entrepôt de 18 000 m2 regroupe dès lors toute la logistique du groupe Senoble en France. Cela signifie qu’il reçoit toute la production en provenance des cinq usines situées dans l’Hexagone : Château-Salins (près de Nancy), Cruchet-le-Valasse (près du Havre), Aytre (près de La Rochelle), Lorris (Loiret) et Jouy (Yonne), la plus importante unité de production, qui a fabriqué 200 000 tonnes en 2005. Sa proximité avec ce nouveau centre logistique n’est sans doute pas fortuite. D’ailleurs, l’ancienne plate-forme se situait près de l’usine, mais elle ne disposait que de 7 000 emplacements de stockage, ce qui nécessitait un stock de débord important chez des prestataires. En effet, toute la production passe par Villeroy, y compris les articles produits à Aytre, même quand il s’agit de livrer des grandes surfaces en Charente-Maritime.
Des livraisons à J+1
L’organisation logistique est très réactive. « Lorsque nous fabriquons, nous ne connaissons pas les besoins des clients. Le lancement de la fabrication a lieu à J-3 sans commande, mais sur des prévisions », précise Alain Perez, membre du directoire et directeur administratif et financier du groupe. En fait, les clients passent leurs commandes, le jour ou la veille de leurs livraisons. Par conséquent, cet entrepôt doit pouvoir absorber des flux rapides. Il se distingue, en tout cas, par une zone de stockage supérieure à 22 000 emplacements (dernier niveau de pose à 22 mètres) alimentés par dix transstockeurs à fourche télescopique Destamat 1224 (Siemens Dematic) qui opèrent dans les dix allées. Ils roulent à la vitesse de 14,4 km/h et ils ont une capacité d’une tonne. La rapidité de ces appareils était également essentielle pour permettre des sorties rapides. Un cycle (prise de palettes, stockage et retour) ne dure qu’une minute ! Et les mouvements sont importants, car le taux de rotation du stock n’est que de 3,8 jours. En réception, les palettes sont placées par des gerbeurs sur des convoyeurs qui les acheminent vers le magasin. La gestion de ces transstockeurs est assurée par un logiciel de contrôle des automates (WCS) de Siemens- Dematic interfacé avec le WMS Gold d’Aldata pour la gestion de l’entrepôt et OneWorld, l’ERP développé par JD Edwards (racheté depuis par Oracle), qui organise notamment la préparation de commandes, la production et les finances.
Aujourd’hui, « 70 % des commandes sont passées par EDI », précise Yves Comet, directeur du développement logistique chez Senoble. Pour la préparation de commandes, il faut savoir que la demande concerne 45 % de palettes complètes. Mais toutes les palettes sortent par le rez-de-chaussée de la zone de stockage ou le premier niveau avec un descenseur. Il existe deux types de préparation et par conséquent deux zones dédiées pour les 55 % de palettes hétérogènes. 80 % de la préparation s’effectue avec picking (900 à 1 200 places au sol et 1 200 places au premier niveau pour le picking avancé) et 20 % des volumes sont travaillés à la référence pour les flux importants. « Il s’agit de préparer plusieurs destinataires de la même enseigne. D’ailleurs, nous ne livrons que les plates-formes », prévient Yves Comet. Pour cette activité, la reconnaissance vocale a été choisie et concerne une vingtaine d’opérateurs. Finalement, ce sont 300 000 colis par jour qui seront expédiés avec un taux d’erreur de 0,2 % et une traçabilité de l’usine au magasin. Il est vrai que le suivi des articles est indispensable en agroalimentaire, même si les crises touchent rarement les produits laitiers ultrafrais.
Olivier Cognasse | Stratégie logistiqueFevrier 2006 | reproduction autorisée dans logistique.com
Senoble : numéro 2 des produits laitiers ultra-frais
Senoble, deuxième fabricant français de produits laitiers ultra-frais, a réalisé un chiffre d’affaires de 760 millions d’euros en 2005 (progression de 100 % en huit ans) et consomme 450 millions de litres de lait par an. Cette entreprise, créée par Sophie Senoble en 1921, reste familiale pour 75 %, malgré l’ouverture du capital à 3i en 2004. Dirigée par Marc Senoble, elle exporte 33 % de sa production vers plusieurs pays européens. Elle produit dans cinq usines françaises et deux sites situés en Slovaquie et en Espagne. Son cœur de métier est la marque de distributeur (85 % de la production hors export). Elle développe des produits pour les grands noms de la distribution (Auchan, Carrefour, Casino, Delhaize, Intermarché, Leclerc, Système U, Tesco, …). Mais la marque Senoble est tout de même présente dans les linéaires.
Fiche technique de la plate-forme logistique
Terrain : 95 047 m2
Bâtiment : 130 x 47,5 mètres
Surface : 17 919 m2
Local palettes : 750 m2 comprenant 3 quais pour les compacteurs à déchets et 4 quais pour palettes vides.
Local charge : 620 m2
Locaux techniques : 510 m2
Bureaux : 1 400 m2
Têtes de sprinkler : 9 600
Réserves d’eau : 12 400 m3
Puissance du froid : 2550 kW extensible à 3 400 kW
Puissance électrique : 4 transformateurs de 1 250 kW
Emplacements de stockage : 22 800 dans dix allées (10 niveaux)
Emplacements de picking : 900
Quais : 27 portes manuelles associées à des niveleurs et des sas d’étanchéité.
Trafic poids lourds : 500
Hauteur de stockage : 22 mètres (130 mètres de long)
Hauteur en préparation de commandes : 6,50 mètres